Compte rendu du café philo tenu au bar 'le vertige' place dupuy le 18/12/06 à 20h30.
Intervenante: Geneviève Azam (GA), professeur d'histoire de l'économie à l'université du Mirail à Toulouse
Sujet: la croissance jusqu'au cou.
Transcription: Sébastien
Remarques préliminaires:
Je n'ai commencé à prendre des notes que tardivement pendant la discussion -> la transcription est faite de mémoire pour ce qui concerne le début de l'intervention.
D'autre part, le nom de certains auteurs et références ou lieux évoqués seront peut-être écorchés (quand je ne connaissais pas, j'ai écrit au mieux!!!).
NDT: note du transcripteur
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La coup de la croissance, le coût de la croissance, la croissance jusqu'au cou...
GA a mis en exergue deux sens du mot croissance, deux sens bien distincts et que l'on a tendance à trop souvent confondre:
- la croissance dans le sens de l'élargissment, du fait de grandir, de progrès, de l'augmentation d'une grandeur mesurable.
- la croissance comme donnée économique, i.e. augmentation du PIB, c'est à dire de la richesse dans un périmètre de mesure.
C'est ce second sens qui sera l'objet de la discussion.
La croissance a été mise en avant dès le XIXème sciècle comme un facteur d'enrichissement avec comme corollaire la possibilité de redistribution des richesses. Elle a commencé à apparaître à ce moment là comme une finalité et ça correspond au moment ou le capital a commencé à être rémunéré.
Avant cette période (début de l'ère industrielle), les sociétés fonctionnaient sur des bases communautaires, religieuses et non économiques.
Pendant les 30 glorieuses (du sortir de la guerre aux chocs pétroliers, dans les années 45 à 75), la croissance a apporté de la richesse à l'ensemble de la population de nos pays industrialisés avec une augmentation par 3 du pouvoir d'achat entre 50 et 74 et une répartition plus ou moins uniforme des fruits de la croissance sur l'ensemble de la population.
On identifie malgré tout deux grands perdants dans cette idéologie de croissance:
- les pays du sud (tiers monde), dont les ressources naturelles ont été pillées et qui se sont crampé dans des spécialisations qui ne les avantageaient pas forcément dans une démarche de développement.
- la planète, c'est à dire notre environnement (GA a parlé notamment du capitalisme thermo-fossile en référence aux mode d'approvisionnement en énergies principalement fossiles sur lesquelles l'économie s'appuie).
Quelques voix se sont néanmoins élevées pendant ces 30 glorieuses pour dénoncer la logique de croissance.
- Hubbert qui a dès 1954 conceptualisé le 'oil peak', connu sous le nom de pic de Hubbert, pic du pétrole.
- les mouvements tiers-mondistes qui dans les années 70 se sont élevés contre la spoliation des ressources naturelles des pays du tiers monde par les pays du nord et du centre.
- Sur le plan théorique, on note le travail de Markus (marcusse, mahrcus, marrcuce???) de l'école de Franckfort avec une critique sévère de la notion de progrès (le progrès entraînant l'accumulation de richesse matérielle).
- en 68 en France, des slogans émergent: comsomme et tais-toi, métro-boulot-dodo.
- critiques sur le côté aliénant de la consommation
- Guy Debors (De Bors, Dehbors, Deux-bords, Deubaur???) écrit 'la planète malade'
- GA cite aussi les travaux d'Ivan Illitch, notamment 'la convivialité'. Ivan Illitch qui a montré que la croissance et la technique entraînent une augmentation du bien-être mais devient contre-productive au delà d'un certain seuil. Ex: la médecine tue, i.e: la médecine est devenue technique (scanners, radios, etc...) au détriment de l'examen clinique, basé sur l'expérience, la connaissance humaine et le savoir-faire, et qui est essentiel dans l'établissment d'un diagnostique. (NDT: ex: l'emploi d'antibiotiques à outrance entraîne une résistance des germes et paradoxalement les germes les plus résistants se trouvent dans les établissements hospitaliers).
- GA cite aussi les travaux de Jacques Elud (ou Ellul, ou Ellud ou Helud...?)
- elle cite aussi les travaux de Georgescu Reugel (désolé pour l'orthographe, là je me suis certainement planté parce qu'il est roumain, le bonhomme!!!), économiste roumain émigré aux états-unis qui en 1972 publie 'la décroissance'. Il transcrit le concept d'entropie à l'économie (NDT: l'entropie est une grandeur thermodynamique utilisée dans le second principe de thermodynamique qui stipule que dans un système isolé, tout processus thermodynamique entraîne une perte d'énergie, perte brute).
- Est cité aussi le livre d'André Gortz (là encore j'écorche le nom, c'est quasi certain!!!) de 1975 'Ecologie et politique' qui montre que dans la tradition du discours progressiste de gauche, on oublie un aspect fondamental: celui de l'environnement.
- En 1972, un rapport, le rapport Meadows, est issu du MIT (NDT: Massachussets Institute of Technlology, équivalent de notre école polytechnique) et s'intitule 'Halte à la croissance'. Ce rapport a circulé dans les hautes sphères de décisions internationales de l'époque sans avoir de conséquences notables.
Jusque dans la fin des années 70, le concept de croissance reste malgré tout peu remis en question malgré l'impact et la pression qu'elle exerce sur notre environnement (l'environnement étant considéré par les économistes comme une masse inerte dans lesquelles on va puiser les ressources et où l'on va pouvoir entreposer les déchets).
Au début des années 80 avec la crise que traverse les pays industrialisés, les questions relatives aux conséquences de la croissance comme une fin en soi sont un peu mises de côté dans la mesure où les questions d'ordre sociales (problème du chômage notamment) sont mises au premier plan au détriment des questions d'ordre environnementales. Le discours progressiste de gauche (notamment) qui consiste à dire il faut plus de croissance pour réduire les inégalités sociales prend du poids à ce moment là.
Or depuis le début des années 80, plusieurs évenements doivent nous faire réfléchir sur ce concept de croissance et de l'impact environnemental de la croissance.
- en 86: l'accident de tchernobyl à la suite duquel aucun débat n'a eu lieu en France, le nuage s'étant arrêté aux frontières (NDT:!!!). Celà a mis en évidence que l'on manipule des choses qui nous dépassent (NDT: aujourd'hui, la question du nucléaire reste d'actualité mais on peut aussi parler des cultures OGM en plein champs, de la généralisation de l'utilisation des nanotechnologies sans vision à long terme sur les impacts sur la santé humaine - voir les travaux de l'association grenobloise 'pièces et main d'oeuvre'-, de l'utilisation de produits chimiques multiples dont on connaît mal aussi l'impact sur la santé humaine - cf. le projet REACH tel qu'initialement rédigé et soumis aux instances européennes -, etc...)
- Depuis une dizaine d'années, les accidents écologiques liés au risque industriel se multiplient: Erika, Prestige, AZF, Bopal (NDT: ou bophal en inde), reconnaissance aujourd'hui du fait que le problème de changement climatique est lié à l'activité humaine.
Le constat est que la croissance est limitée car il se heurte aux capacités de la planète à absorber les conséquences de cette croissance (NDT: il est difficilement concevable d'avoir une croissance infinie sur une planète qui impose une finitude des ressources).
On est aujourd'hui à la veille d'une crise de civilisation majeure, une crise globale qui pose à terme le problème de l'existence de la vie sur Terre.
C'est l'occasion de reposer et repenser les questions environnementales au regard des questions sociales.
En illustration des problèmes à venir, il est estimé qu'à l'horizon 2020, il y aura 50 millions de réfugiés écologiques dans le monde (fonte du permafrost dans les pays nordiques, montée du niveau des océans).
NDT:
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Le débat qui a suivi l'exposé de GA a été ponctué par de nombreux témoignages, interventions et réflexions en rapport avec les constats. Je n'ai pas tout noté parce que le poignet était fatigué mais je retiendrai trois interventions qui me semblent majeures:
- face à ce constat, que fait-on et quelles sont les solutions?: sont-elles individuelles (mais trop marginales pour être efficaces face à l'ampleur du problème) ou bien collectives (auquel cas, il va falloir que nos élus fassent preuve d'un courage politique peu commun pour imposer les mesures qui sont à la hauteur du problème).
- une idée intéressante a été soulevée: l'économie fonctionne sur un mécanisme de transformation de nos désirs en besoin (NDT et repousse les limites du possible: l'homme s'affranchit des limites qui lui sont imposées par nature -et par la nature-. Tout devient possible, envisageable, la lenteur du progrès technique étant le seul frein au reculement du domaine du possible, voire de l'imaginable).
- Un professeur de philosophie présent dans la salle a énoncé l'idée que le paradygme de nos sociétés industrielles (l'idée qui sous-tend l'ensemble de la construction de la pensée de nos sociétés industrielles) est "l'homme doit prendre le pouvoir sur la nature et la soumettre à ses besoins" (j'espère avoir retranscri correctement l'idée), paradygme qui prend ses racines dans la genèse.
Le café philo se tient toutes les semaines au café vertige, place Dupuy (halle aux grains) tous les lundi soirs, à 20h30.
Prochains sujets de débat: le 08/01/2007 'L'eau: or bleu ou marchandise ordinaire?' - intervenants: Dominique PY (consultante)/Pierre Auriol (professeur); le 15/01/2007 'les mots et leurs manipulations' - intervenant: Jean-François Alleman (professeur de lettre émérite); 22/01/2007 'Où se situe la démocratie de nos jours?' - intervenant: François Saint-Pierre (présentateur café politique, professeur de mathématiques); 29/01/2007 'le rôle de l'impôt' - Intervenant: Raymond Astier (receveur principal honoraire des Impôts).
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Sébastien |