_Rencontre du 12 décembre 2005 intitulée « le sacré dans la société moderne »_ Nous étions onze, certains sont arrivés en retard, d’autres sont partis avant la fin, mais ça avait tout de même une certaine cohérence. Après un temps d’hésitation autour des victuailles hétéroclites apportées par les uns et les autres, nous avons fait un tour de table, histoire de reprendre le fil de la fois précédente, de nous présenter et de dire ce qui nous intéressait. Il y avait : Rémy, Jean-Baptiste, Baptiste, Luca, Laurent, Aurore, Séverin, François, Véronique, Georges, Pierre. Rémi : Je m’intéresse au thème de la décroissance, j’ai fait des recherches sur internet. Comment aller vers moins de consommation, moins de production ? Jean-Baptiste : Que peut-on créer comme réseaux, comme changements de comportements, à l’échelle collective et individuelle (spiritualité, écologie) ? Baptiste : Je suis élève ingénieur. Je suis intéressé par le thème de la spiritualité. J’ai 20 ans et je suis entouré de jeunes qui ne voient que par la consommation. Je cherche des moyens pour vivre dans moins de confort, pour essayer de me détacher des emprises de la société de surconsommation. Pour moi, accepter une part de frustration permet de dégager une certaine énergie. Et cela touche au spirituel. Luca : Le terme de décroissance s’apparente à un grand chapeau dans lequel on peut mettre beaucoup de choses : mouvements sociaux, antiglobalisation, développement durable… Il est important de s’interroger sur les valeurs dans une démarche individuelle et collective. Laurent : J’avais des amis engagés autour du thème de la décroissance (Chiche !) et aujourd’hui je me pose la question de l’engagement. J’ai lu des bouquins sur les spiritualités orientales. Aurore : Je suis très intéressée par les thématiques environnementales avec en ligne de mire tous les effets sur la santé. je me suis investie dans le réseau Santé-Environnement d'UMINATE, ( fédération régionale des associations de protection de la nature et de l'environnement). le thème santé-environnement est très très vaste : OGM, nuisances électromagnétiques, nucléaire, pesticides, bruit, pollution de l'air, de l'eau et des sols, risques industriels, etc... Comme Uminate a des représentations sur pas mal de commissions, l'essentiel de mon activité est pour le moment d' assister à ces réunions et en général, derrière, de faire des propositions. Cela a été le cas pour le Plan Régional Santé-Environnement (PRSE) en juin 2005 et là, nous sommes en train de préparer des propositions pour le Plan de Protection de l'Atmosphère (PPA) de l'agglomération toulousaine, et au mois de janvier, ce sera le tour du Plan Régional de Santé Publique (PRSP). Sinon, nous avons également suivi l'agenda 21 de la Mairie de Toulouse, dont le forum de clôture avait lieu ce matin. François : Je poursuis la démarche entamée avec la marche pour la décroissance entre Lyon et Magnicourt. Mon projet suivant : un village sans voiture dans un lieu près de Montech, le pari étant de se déplacer seulement à vélo ou avec des animaux. Dans l’esprit de poursuivre le « colportage de décroissance », on se donne les moyens de discuter et d’agir. On dispose aujourd'hui de toutes les technologies nécessaires pour résoudre les déséquilibres de la planète, on ne le fait pas. Pourquoi ? Véronique : J’ai été interpellée par la question de la simplicité volontaire et par le choix du thème de la spiritualité. J’aborde ces thèmes sous un angle particulier, en relation avec la spiritualité de saint François d’Assise. Entendre les échos de ces thèmes dans les propos des participants me donne envie d’entrer en intelligence, en dialogue si possible. Georges : Mon projet de vie est proche de la nature, et en initialement réaction à l’urbain. Il faut revoir les relations entre l’homme et la nature, imaginer aussi des modes de communication au sein du groupe qui évitent la domination. Pierre : Je suis adhérent des Amis de la Terre, lis la revue décroissance, et ai participé à la journée nationale sans achat, avec la messe à la gloire du grand capital, devant le totem des marques. Simplicité volontaire…et spiritualité Le débat est parti sur la simplicité volontaire, concept lancé par Serge Mongeau, démarche collective qui part d’un choix de chacun. Vivre simplement, d’accord, mais encore ? « Qu’est-ce que je souhaite moi pour ma vie ? ». Un consensus se dégage quant au caractère inséparable de l’action individuelle et de l’action collective. Il n’y aura pas de décroissance possible si les gens ne choisissent pas à un moment donné la simplicité volontaire, ce n’est pas quelque chose qu’on impose de l’extérieur, cela correspond à une maturation. Il s’agit de susciter un réseau de solidarité et d’entraide. Baptiste : Pour moi, il s’agit de mobiliser mon énergie, arriver à vivre de manière plus sobre, tout en restant complètement dans la société d’aujourd'hui, mais sans être enchaîné à des désirs consuméristes et aux frustrations qui en découlent. Travailler sur moi-même me permet de dépasser ces frustrations. Je comprends le terme de spiritualité dans le sens d’exister par soi-même, en relation avec la nature et dans une plus grande solidarité. Véronique : Les dépenses matérielles n’ont de sens que par ce qu’elle permettent de créer comme relation humaine. Par exemple il n’est pas absurde de dépenser beaucoup pour un déplacement si c’est pour aller voir des personnes que l’on aime beaucoup et avec qui on va vivre un temps fort. François : Je ne vois pas l’intérêt de creuser la question de la spiritualité qui pour beaucoup se ramène à la question de la religion. Pourquoi théoriser cet aspect alors qu’il est plus vrai d’agir ? N’y a t-il pas un risque de moralisation oppressive ? Chacun doit rester libre de croire ou de ne pas croire ce qu’il veut. Jean-Baptiste : Les paradigmes dans lesquels nous pensons sont le fruit de combats. Les systèmes patriarcaux de nos sociétés ont enseveli nos racines matriarcales… on gagnerait à explorer des questions comme « Qu’est-ce qu’on tire du passé ? Quelles sont nos racines ? Qu’est-ce qu’on trouve beau ? » Je pense que la célébration de la planète terre est une réponse meilleure que les mythologies actuellement contenues dans les religions. La planète terre est suffisamment belle pour qu’on la célèbre. Il y a peut-être une place pour une écologie culturelle, philosophique ou spirituelle. Georges : Une définition possible du sacré serait « ce qui nous touche tous, ce qui fait partie de nous, de notre histoire ». La notion de spiritualité est propre à chacun, différente pour chacun et rarement neutre. Mais, comment retrouver une définition qui ne soit pas nécessairement religieuse ? François : Pourquoi faudrait-il une chose commune qui regroupe tout le monde ? Séverin : J’ai été élevé dans un milieu très athée. Toutefois, dans les livres de Pierre Rabhi, ou encore dans le journal décroissance, il y a une dimension spirituelle, fruit d’une ouverture d’esprit. La spiritualité, est-ce que ça ne serait pas aussi dans l’art, la culture, l’amour, les rêves, l’utopie… ? Y a t-il un moteur commun, une spiritualité commune de la décroissance ? Luca : Il ne faut pas confondre spiritualité et religion, il y a aujourd'hui une religion de la consommation. La spiritualité est aussi consommée et instrumentalisée comme une chose de plus qu’on pourrait posséder, une chose exotique qui fait l’objet de modes. Mais on peut partager des valeurs, une vision de la terre, de la biosphère comme système complexe, unique. On ne peut plus vivre en pensant que tout ce qui est naturel est gratuit, on ne peut pas continuer à se mettre au centre de l’univers, il faut se respecter comme partie de l’univers. Pierre : La notion de spiritualité est une notion délicate. Elle pourrait justifier une emprise collective basée sur la peur des catastrophes écologiques. La finitude du monde, c’est effrayant. François : Pour moi, c’est plus un problème d’irrationalité. Il y a aujourd'hui trop de croyances délirantes dans lesquelles il faut urgemment « décroire ». Jean-Baptiste : Oui mais il est intéressant de réfléchir à ce qu’on souhaite croire ensemble, parce qu’il y a beaucoup d’idées qui prennent l’apparence de la raison, qui s’en revendiquent, mais qui ne sont en fait que des croyances. Luca : Par exemple la croyance, la confiance dans les nouvelles technologies. C’est souvent une confiance aveugle puisqu’on ne peut avoir une vision globale des conséquences liées à ces technologies. Séverin : Dans toutes les sociétés, il y a un ensemble de valeurs communes. On ne peut pas vivre sans croyances, sans influence, ce serait illusoire de croire ça. Quelqu’un : On peut sortir d’une croyance unique et identifier que croissance et consommation sont des croyances. Laurent : Un livre de Barjavel (la faim du tigre) m’a fait prendre conscience de l’importance de la vie et de l’importance de chercher le sens des phénomènes au-delà des absurdités apparentes, cela a orienté ma recherche vers le Bouddhisme Zen, dans le sens de l’humilité, de l’importance du détachement. Baptiste : Je pense qu’il est intéressant de travailler sur les frustrations. Le monde actuel est déjà tellement devant la tristesse, la peur, et la solitude… Comment peut-on convaincre les gens de choisir des valeurs communes, alors qu’elles vont provoquer nécessairement de l’inconfort ? François : L’intérêt de réfléchir à une spiritualité de la nature serait un peu à l’image des pas de danse : pour bien danser ensemble, il faut se coordonner. En inventant des pas on se donne la possibilité de danser ensemble. Ce serait trouver un point d’accord minimal, un minimal consensuel. Jean-Baptiste : On a besoin à l’échelle individuelle de se soutenir, d’un vécu émotionnel partagé. Par exemple, cette spiritualité, ça pourrait être de commencer par organiser une grande fête, qui consisterait à faire vivre ces idées que nous évoquons. Georges : Si on arrivait à mettre en évidence nos valeurs communes, on pourrait inclure des moteurs affectifs dans l’action. Cela pourrait mener à quelque chose d’émotionnellement fort dans une célébration. C’est possible de proposer et d’expérimenter d’autres manières de faire, une ouverture à d’autres pratiques. Par exemple, dans le domaine des relations sociales, on peut citer la SCOP Montdragon en pays basque où l’apprenti est actionnaire. François : Il y a de multiples façons de proposer des actions conviviales : repas de quartier, marche…