Achille et Briséis
Bon, je vais vous parler
du film Troie, alors vous qui détestez les spoilers, ne lisez
pas ce qui suit.
J'ai bien aimé ce
film. Je lui ai trouvé une dimension humaine, de l'héroïsme,
et un rythme bien mené. Le même avec Diomède
aurait été évidemment beaucoup mieux - je suis
fan de Diomède, surtout quand en pleine bataille Athéna
lui redonne de la vigueur, et qu'il part blesser Aphrodite et Arès
qui avaient eu l'imprudence de se présenter en personne sur le
champ de bataille - mais ne chipotons pas.
Ou plutôt si,
chipotons. Et parlons de Briséis, la captive d'Achille. J'ai
eu beaucoup de mal avec cette idylle ridicule entre le plus grand
héros achéens et cette prêtresse d'Apollon de
sainte nitouche. Une histoire d'amour à deux balles, à
laquelle je n'ai pas cru une seconde. A l'américaine, quoi. Et
je n'avais aucun souvenir de cette histoire dans Homère. Oui,
car j'ai lu Homère, il en faut bien.
Bon, bref, curieux de
savoir d'où les scénaristes avaient sorti une idée
pareille, m'attendant à une invention de toute pièce,
j'ai ressorti mon livre, et voilà ce que j'ai trouvé.
Briséis est la
fille de Brisée, roi de Lélèges, dont la patrie
est Carie. Si Briséis est au côté d'Achille,
c'est parce que ce dernier a participé au sac de Thébé
- je suppose avant la guerre de Troie - et qu'elle lui était
revenue en part d'honneur, autrement dit en butin. L'Iliade commence
par une querelle entre Agamemnon et Achille à son sujet. En
effet, Agamemnon a été obligé de rendre sa part
d'honneur à lui, Chryséis, parce que son père
Chrysès ayant prié Apollon, ce dernier s'est mis à
tirer sur les achéens avec son arc. Agamemnon étant le
plus grand des rois, il ne peut rester sans part d'honneur, et
s'approprie celle d'Achille, Briséis. Ce dernier, fâché,
se retire dans son pavillon, prie sa mère Thétys - une
déesse - qui va voir Zeus, qui trompe Agamemnon en lui faisant
croire qu'il peut attaquer les troyens sans crainte, envoyant les
achéens à une mort sauvage.
Ce n'est qu'à la
mort de Patrocle, le cousin d'Achille, que celui-ci, ivre de rage,
repart en guerre. Agamemnon lui rend sa part d'honneur à ce
moment-là, sans y avoir jamais touché.
Je vous met en citation
un extrait de la lamentation de Briséis à la vue du
corps déchiré de Patrocle.
"(...) Quand le
prompt Achille eut tué mon mari et mis à sac la cité
du divin Mynès, non, tu ne me laissais pas pleurer. Tu me
disais que tu ferais de moi l'épouse légitime du divin
Achille, qu'il m'emmènerait sur ses nefs en Phtie et donnerait
le banquet de nos noces parmi les Myrmidons. (...)"
Elle parle aussi de la
mort de ses trois frères, tués eux aussi par Achille le
même jour.
L'Iliade se conclut avec
les jeux funèbres de Hector. Dans la foulé, on trouve
la narration suivante.
Achille, lui, dormit
au fond du pavillon bien bâti. Près de lui se coucha
Briséis aux belles joues.
Il n'y a pas d'autres
allusions à Briséis faites par Homère.
Tout ça pour dire
que la relation Briséis-Achille n'est pas aussi gratuite que
ça. Elle existe bel et bien dans l'Iliade. Mais je trouve que
je film a romancé cette histoire un peu à l'américaine.
Le recueillement désintéressé de la jeune
prêtresse, le voeu de chasteté rompu au bout de deux
jours, les regards abattus de Briséis au moment où elle
quitte le camp avec Priam, la recherche effrénée
d'Achille dans les rues de Troie lors de son sac, toutes ces scènes
n'ont pour autre but que de nous rabâcher avec encore une
histoire d'amour de plus dans une oeuvre historique qui ne parle
jamais d'amour. Bref, je reconnais avoir mal jugé la situation
lors du visionnage, mais je reste sur mon opinion que non,
décidément, Achille-Briséis, ça n'avait
rien à faire là.
Ecrit par Maskounet
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