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Notre village dans les nuages


 
Cet article est paru dans le fanzine Planète Animé N°5


    Kiss ... Nous n'étions que des enfants, alors ...
    "Quand deux amoureux entrent ensemble à Tô-daigaku, ils vivent heureux pour toujours. Tu sais cela, Kei kun ? "
    Elle s'adresse moi. Je manque de perdre l'équilibre, quand elle pose ses lèvres contre ma joue.
    "Quand nous serons grands, entrons ensemble à Tôdai."
    Mais le dernier souvenir que j'ai d'elle, c'est ...
    "Kei kun !!
    Bye bye !!"
    ... c'est ...
    "S'il te plait ! Ne me laisse pas !
    - Quand nous serons grands, nous irons ensembles à Tôdai. N'oublie pas cette promesse !"
    ...
    J'ai aujourd'hui 20 ans, et une seule idée en tête : devenir un étudiant de Tôdai, et honorer ma promesse !!


Love Hina


 
Oyez, amis et frères, la pathétique histoire d'Urashima Keitaro, qui se débat vainement dans l'existence, prêt à tout pour entrer à Tôdai, l'université fameuse, afin d'honorer la promesse faite à son amie d'enfance dont ce loser né n'est pas même capable de se rappeler du nom ou du visage.
Alors que ses parents menacent de lui couper les vivres, le voilà obligé de vivre par ses propres moyens. C'est alors que lui tombe dessus une opportunité qu'il va s'empresser de saisir : devenir le gérant de l'auberge Hinata, un dortoir pour filles !
Les cinq locataires rivalisent d'ingéniosités pour, à chaque épisode, atteindre des situations toujours plus improbable ...

Entre enfer et paradis


Le malheureux Keitaro se retrouve littéralement étouffé dans une sorte de faune bizarroïde, dans laquelle il se débat de ses petits bras musclés, en quête d'une raison d'être, d'un amour refoulé ou d'autres sentiments plus ambigus.
Dès le premier épisode, on reste cloué à nos sièges respectifs : la narration de Love Hina suit un rythme particulièrement élevé ! La mise en scène y est percutante, les événements s'enchaînent sans temps morts, et on est toujours surpris de voir le eye-catch arriver si tôt. Le spectateur est emporté dans un véritable tourbillon d'événements, le plus souvent excentriques, parfois touchants. C'est donc sur un ton enthousiasment que sont narrés autant d'innombrables faits allant de l'anecdote au drame social (ou presque). Voilà en tout cas de quoi introduire à grand fracas le personnage le moins discret qu'il soit, la jeune Kaolla Sû, au caractère tragiquement exagéré. Cette collégienne semble venir de quelque obscure contrée comme en témoigne un teint bronzé et une chevelure blonde qui lui donnent un air très exotique. Ses attitudes extrêmement juvéniles et redoutablement naïves lui donnent des traits très enfantins, et son humeur explosive occupe beaucoup de place partout où elle va. C'est par ailleurs une sorte de génie en électronique, et le mot reste faible, dès lors que certaines de ses inventions franchissent largement les limites de la science-fiction. Kaolla continue de les utiliser par jeu, car pour elle la vie n'est qu'une grande cour de récréation faite pour s'amuser, et où tout événement relève d'un caractère ludique. Sa personnalité et ses motivations sont plus tard visité dans des épisodes qui figurent parmi les meilleurs de la série.
Les habitantes de l'auberge Hinata
A côté de l'affolante Kaolla se tient Mitsune Konno, dite Kistune - renard, en japonais - , qui nous rappelle tout de suite quelqu'un. Cette aptitude à mener les autres en bateau, ce besoin perpétuel qu'elle a de tirer du profit de ceux qui l'entourent, cette jubilation en elle quand elle joue un mauvais tour à quelqu'un, jusqu'à cette impression de toujours parfaitement maîtriser la situation, tout dans Kitsune rappelle Nabuki Tendo. Un personnage un peu plus classique, donc, mais toujours aussi apte à faire bouger les choses ou à provoquer les situations les plus cataclysmiques.
Quant à Naru Narusegawa, elle est de par sa relation avec Keitaro un des personnages les plus importants. Elle cherche également à entre à Tôdai (tiens tiens ...), et elle passe ses journées à envoyer Keitaro voltiger au-delà des cieux grâce à son super-poing-de-la-mort. Elle est d'un naturel atrocement violent, et se sert de ses poings et de ses pieds sur Keitaro sans scrupule dès qu'elle estime qu'il le mérite ... c'est-à-dire en permanence !
Car voilà le truc, Keitaro est bien du genre à non seulement se mettre dans des situations catastrophiques, mais en plus à être incapable de réagir correctement. Il passe ainsi l'essentiel de son temps à se retrouver par erreur au niveau des sources chaudes, l'inévitable bain des filles. Il commence alors à s'embrouiller en bégayant de façon incompréhensible comme quoi il n'a pas fait exprès et qu'il est désolé jusqu'à se faire remettre à sa place par Naru chan.
Personne n'est dupe, la relation Keitaro-Naru est clairement le centre de tous les événements de Love Hina. Evidement, cela ne pouvait pas être aussi simple, mais chut ! Regardez la série pour en savoir plus ;-)
Au deuxième épisode, nous faisons la connaissance de Shinobu Maehara, qui possède à son tour un trait de caractère très poussé. Son truc à elle, c'est la timidité, la réserve, la discrétion. Elle est avec Kaolla la plus jeune habitante de Hinata. Sa petite taille, son jeune âge, son regard innocent et triste donnent une impression de profonde vulnérabilité qui fait qu'on s'attache rapidement à elle. Elle évolue calmement dans l'existence, tranchant avec le reste de la maisonnée et ses excentriques façons. Elle fait plutôt dans le pacifisme, préférant régler les problèmes à l'amiable. Mais sa très forte émotivité l'empêche souvent d'agir, et accroît encore cette impression de faiblesse qui émane d'elle.
Quant à Motoko Aoyama, voilà encore un personnage violent. De son sabre, elle enchaîne les techniques secrètes, et à nouveau Keitaro en prend pour son grade. Elle possède plus de maturité que les autres filles, mais manque cruellement d'expérience dans la vie. Sortie de la voix du Kendo, elle fait presque peine à voir. Sa fierté et le sérieux dans certaines de ses actions frisant le ridicule et le grotesque font d'elle un personnage particulièrement pathétique, mais également très présent.

Cinq filles, cinq caractères poussés à l'extrême, la plupart très vif. La pire des faunes.
Et au milieu, Keitaro kun ...

Atmosphère étrange ...


L'action se déroule dans un cadre japonais contemporain un peu surréaliste : les délires technologiques de Kaolla et les rencontres étranges y contribuent. L'ambiance générale possède donc un certain caractère, omniprésent, qui plante à merveille un décor apte à mettre en valeur les personnages et leurs relations. Chaque instant de la série est marqué par une puissante exagération, qui va au-delà de l'appréhension humaine. Ainsi apparaissent de gigantesques robots ou d'étranges esprits, causes et conséquences d'inénarrables délires. Viennent ensuite se greffer des épisodes qui mettent en scène personnages et émotions de façon traditionnelle - bien que burlesques - dans autant de tranches de vies, un peu à l'instar de Maison Ikkoku, qui traite un thème similaire sur un ton plus adulte.

Naru et Keitaro entretiennent une relation assez particulière
Il serait criminel de ne pas parler des vieillards de Love Hina, qui vaquent à leurs absences d'occupations dans les ruelles alentours, croisant Keitaro-tachi, témoins passifs de leurs mésaventures. Ils n'interviennent jamais directement dans l'histoire, et se contentent d'être là, tout en faisant des commentaires à se damner, inépuisables sources de citations. Ils sont semblables à l'âme de la ville, qui s'amuserait de l'énergie de cette innocente jeunesse, et contribuent à donner à l'ambiance des événements un caractère empli de mystère tout à fait particulier et en tout cas très intéressant.

Tout au long de ses 24 épisodes, Love Hina nous fait découvrir une ribambelle d'autres personnages, certains acquérant parfois une importance majeure pour la suite des événements. Je passe sur la traditionnelle bestiole de service, évidemment parfaitement débile, qui se laisse découvrir, et qui sera même au centre de certains épisodes !
Le tout est néanmoins, et ce sera mon unique critique, traité sur un ton bien puritain. Vous l'aurez compris, l'action est ponctuée d'innombrables scènes de bains et autres frivolités. La façon dont la mise en scène tente d'épargner nos vertus, en nous cachant ce qui ne saurait être vu, a quelque chose de peu naturel. Ainsi, les demoiselles se prélassent à longueur de journées dans les sources chaudes, bien emmitouflées dans autant de gigantesques serviettes roses. C'est peut-être du chipotage, mais je trouve ça un peu dommage, même si il y a un revirement à ce sujet vers la moitié de la série. Signalons au passage que le manga du même nom n'a pas adopté cette approche.

Love Hina, c'est 24 épisodes aux tenants légèrement hétérogènes, mais tous d'un même esprit plein d'énergie et de situations abracadabrantes, construits de manière brillante, articulés autour de personnages exagérés et parfois touchants. Une bien belle occasion, quoi qu'il en soit, d'aimer la culture Manga ...

 
Love Hina Christmas Special


Pour fêter la fin du millénaire, et pour faire oublier que la série ne comporte que 24 épisodes, voilà que nous est offert un nouveau cadeau : un épisode spécial de 45 minutes se déroulant après la fin de la série. C'est la bouche pleine de bave que je me suis jeté sur la chose.

Shinobu et Naru
Shinobu et Naru
Nous reprenons donc la série après les événements des derniers épisodes. L'histoire se passe quelques jours avant Noël, et la rumeur raconte que celui qui avouera son amour la veille du jour en question verra son vœu de bonheur réalisé. Sans doute n'est-ce qu'un conte, mais certains à l'auberge Hinata prennent cela très au sérieux ...

Love Hina Christmas Special adopte le ton subtilement plus sérieux des derniers épisodes de la série. Cet épisode joue la carte du réalisme et du sentimentalisme. Je trouve personnellement cet aspect de la série moins intéressant que l'exagération à outrance présente dans d'autres épisodes et dont j'ai déjà parlé, car nettement plus visité : les histoires d'amours adolescentes fleurissent tous les matins chez le libraire du quartier. De plus, les personnalités des filles de Love Hina sont presque éclipsées par l'intrigue ! L'action perd de son punch, mais on se retrouve avec quelque chose de réaliste, touchant, avec comme toujours dans ce genre de scènes cette subtile ambiguïté dans les émotions qui nous met toujours la larme à l'œil et nous fait rêver à un monde plus plein de tendresse, où nostalgie et déception n'existerait pas.

En attendant une véritable conclusion à Love Hina, voilà en tout cas de quoi nous rassasier pour un petit moment.