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Notre village dans les nuages



     Cet article est paru dans le fanzine Planète Animé N°6


      Difficile de passer outre le spectaculaire générique d'ouverture de cette série qu'est NeoRanga.
      Bercées par l'immortelle musique de la chanson "Kaze no Nemuru Shima", les images du clips désignent sans états d'âme une sorte de gigantesque monstre, ainsi que trois énigmatiques jeunes filles, successivement représentées habillées normalement, en tenue d'Eve, et enfin, vêtues de simples pièces de tissus et de mystérieux tatouages évoquant une sorte de spirale, dont on devine qu'elle deviendra un symbole récurrent dans les 24 épisodes de 15 minutes qui forment l'oeuvre sus-nommée.
      Un monstre géant et des demoiselles en tenues sexy, c'est la bave aux lèvres et le sourire radieux qu'on se jette corps et âme dans une série au concept original ...

La trahison du générique

      Un concept original ? N'est-ce pas une contradiction avec ma première approche de la série ?
      Certes, mais voilà qu'en fait, il se révèle que le générique n'est absolument pas représentatif de la série. Les éléments qui le compose sont bien présent, mais tous sont traités sur un ton à la déstabilisante originalité.
      Jetons un rapide coup d'oeil au scénario.
      Les soeurs Shimabara, Minami l'aînée, Ushio la cadette et Yuhi la benjamine, retrouvent enfin la trace de leur frère disparu : Masaru. Celui-ci est allé se perdre sur l'île de Balou – un état indépendant de très petite taille situé au milieu du Pacifique – et les trois orphelines quittent leur résidence de Musashino – petite ville de la banlieue de Tokyo – pour le rejoindre.
      Sur place, elles ont la détresse d'apprendre que le grand frère a disparu, non sans avoir d'abord épousé la princesse locale. Bien que Masaru Shimabara ait eu un fils légitime – Jyoël – les soeurs Shimabara semblent avoir été désignées – au nom de certaines croyances mystérieuses et au culte du dieu Ranga – pour devenir les souveraines du royaume de Balou.
      Les trois soeurs rentrent à Tokyo, espérant ne plus être mêlée à ces histoires invraisemblables. C'est alors que Neo-Ranga, anciennement nommé Ranga, débarque sur la baie de Tokyo, semant panique et confusion. Cette gigantesque créature est-elle réellement un dieu ? A-t-elle suivi les trois jeunes filles ?

Avez-vous déjà rêvé d'avoir un monstre de 25 mètres de haut dans votre jardin ?

      NeoRanga, la série, c'est la confrontation entre deux mondes. D'un côté, il y a la volonté de Balou, cet esprit spirituel et subjectif que définit les moeurs, les coutumes et les croyances des habitants de l'île de Balou. De l'autre côté, il y a le Japon moderne, et la rigueur de son organisation, qu'elle soit politique, sociale, policière, militaire, et j'en passe.
      Car l'arrivée de Neo-Ranga à Musashino est un véritable coup de pied dans une fourmilière aux ramifications extraordinairement complexes. Il y a d'abord la réaction violente, le réflexe naturel de la majorité, qui voit un colosse écraser les immeubles et qui ne prendront le temps de réfléchir qu'une fois la menace écartée. Il y a aussi ceux qui cherchent à utiliser le monstre – directement ou indirectement – à des fins personnelles, pour arroser la fleur d'une ascension politique, ou pour mettre au point l'invincibilité d'un robot de guerre. Il y a ceux qui oeuvrent dans l'ombre, comme les yakuza, qui voient d'un sale oeil Neo-Ranga s'imposer comme une figure autoritaire dans un quartier qu'ils avaient sous leur contrôle. Toujours dans l'ombre, il y a une mystérieuse secte, la Kyoshinkai, qui s'intéresse au monstre pour des raisons que bien peu connaissent. Et puis il y a les habitants de Musashino, leurs réactions exagérées et paradoxales, témoins et juges des événements qui viennent ballotter leurs petites existences tranquilles. Sans oublier les souhaits simples de ceux de l'île de Balou.
      Et enfin, il y a les soeurs Shimabara, sur qui portent tous les regards. Elles ont toutes trois une approche différente de la situation, ont leurs propres doutes et réagissent de façon perturbée.
      Ushio Shimabara peut être considéré comme le personnage principal de l'histoire. Son souhait d'être une jeune fille normale ne sera sans doute pas exaucé tout de suite. Le fait d'avoir un monstre géant dans son jardin qui lui obéisse au doigt et à l'oeil la dérange beaucoup, et à chaque instant on comprend qu'elle s'en passerait fort bien. L'idée d'utiliser Neo-Ranga pour défendre la justice lui paraît bonne, mais elle a toujours mille hésitations pour le faire. Et puis, il faut qu'elle veille à freiner les ardeurs de sa petite soeur ...
Les soeurs Shimabara : Ushio, Minami et Yuhi
      Car voilà, Yuhi est d'une toute autre veine. Elle n'estime pas particulièrement normal, juste, ou mérité de posséder Neo-Ranga, mais elle trouve cela fort pratique et ne voit pas pourquoi elle ne pourrait utiliser cette 'aubaine' a des fins personnelles. Elle ne se fit jamais qu'à son propre jugement, et se moque de l'opinion des autres. Elle-même, en revanche, juge sévèrement, et elle ne comprend pas pourquoi Ushio l'empêche tout le temps de résoudre les problèmes à sa manière, celle-ci étant en général d'aplatir les coupables d'un coup de pied du monstre en sa possession.
      Quant à Minami, la soeur aînée, c'est la responsable du trio. En l'absence de parents pour veiller au grain, elle accumule les petits boulots pour permettre à ses soeurs de vivre. Elle manage une agence de mannequin qui est toujours dans le rouge, et se donne beaucoup de mal en toute occasion. Avec tout ça, elle a à peine le temps de s'occuper de Neo-Ranga, et ne cherche jamais à l'utiliser.
      Citons aussi Jyoël, le neveu, qui passe son temps à répéter aux soeurs qu'elles sont les souveraines de Neo-Ranga, et que ce dernier ne fait que ce qui est juste. C'est l'incarnation de Balou dans la série, qui nous rappelle en permanence le but premier de Neo-Ranga, qui est de suivre et d'obéir à Ushio, Yuhi et Minami.
      Il y a ensuite toute une ribambelle de personnages, tous plutôt intéressants, représentant une (ou plusieurs, mais chuuuut ...) des factions qui s'agitent autour de Ranga : civils, média, politiques, etc ...

Une série au rythme particulier

Jyoël et Yuhi
      Le format plutôt peu commun de la série – avec des épisodes de 15 minutes – impose un rythme calculé aux épisodes. La narration est rapide, sans temps morts, pleins de tonus, et parsemés d'éléments comiques de très bonnes factures. On appréciera à ce sujet l'épique épisode de l'arrivée à Musashino des touris – le corps diplomatique de l'île de Balou. Le point le moins apprécié de la série reste sans doute l'intervention permanente d'une voix-off, qui vient remplir les silences en racontant des choses que je qualifierais d'évidentes. C'est très gênant au début, et on se plaint rapidement que tous les états d'âmes de Ushio soient ainsi explicités, sans qu'une part d'interprétation soit conservée. Mais j'avoue m'y être habitué, et à présent je n'y porte pas plus d'attention que ça.
      La musique de la série est excellente, et se prête à chaque fois à merveille à la situation. Le thème principal est à pleurer tant il est beau, mais d'autres airs sont particulièrement appréciable, comme celui – simple et tranquille – qui égaye les passages comiques.

Vers NeoRanga 2 ?

      Le 24ème épisode se termine sur un cliff hanger monumental, et une invitation à regarder la deuxième série de NeoRanga.
      J'avoue piaffer d'impatience ...
      NeoRanga est une série au sujet original, plaisant et brillamment mené. Un sujet qui aurait peiné à être contenu dans 24 petits épisodes, même si ceux-ci voient déjà s'enchaîner un nombre vertigineux d'événement, et mettent en scènes une quantité caricaturale de factions et autres groupes aux motivations diverses et contradictoires. Les personnages sont chouettes, le scénario tout simplement génial, et au final NeoRanga est une série qui mérite largement mieux que d'être méconnue comme elle ne l'est aujourd'hui.
      Oh, comme il me tarde de connaître la suite des aventures de Ushio, de Yuhi et de Minami ...